Selon les chiffres officiels, on s'est absenté en moyenne 20 jours par an en 2003 dans la fonction publique territoriale, pour 13 jours dans la fonction publique d'État. Le courtier en assurance Dexia-Sofaxis, qui a collecté en 2005 pour 350 millions d'euros de primes pour absentéisme auprès des collectivités territoriales et des hôpitaux, estime que le taux d'absentéisme (part du temps de travail perdu en raison des absences) a augmenté de près de 30 % entre 1998 et 2004, pour s'établir à 7,9 % à cette date dans les collectivités locales. L'assureur évalue le coût des absences médicales à 1 000 euros par an et par agent employé, sans compter les frais indirects liés à la désorganisation des services qui seraient 3 à 5 fois supérieurs au coût de l'arrêt de travail. Il est particulièrement élevé pour les grandes collectivités (plus de 350 personnes) où un agent sur deux s'absente au moins une fois dans l'année pour motif médical, avec une durée moyenne de 24,5 jours. Villes et départements sont des « entreprises de services » dont la moitié du budget de fonctionnement est consacré aux dépenses de personnel. L'intérêt de faire des économies sur le coût du personnel s'inscrit aussi dans la rationalisation des finances locales.
Pour enrayer la hausse de l'absentéisme, Dexia-Sofaxis joue les contrôleurs. Le nombre des contre-visites et expertises médicales réalisées auprès d'agents de la fonction publique territoriale et hospitalière est passé de 5 000 à 10 000 entre 1998 et 2004. Mais la prévention est aussi indispensable pour gagner en efficacité, surtout lorsque stress et le mal-être professionnel sont reconnus comme facteurs d'absence. Le cabinet propose donc des méthodes de formation et de coaching des directions de ressources humaines.
« Il est sûr que nos interventions permettent de contrôler, stabiliser les absences au travail. Néanmoins, on n'est pas certain que cela seul permettra d'inverser la tendance pour diminuer fortement les taux d'absentéisme », reconnaît Marc Jeannin, président du directoire de Dexia-Sofaxis.
Inquiétude face aux arrêts de travail de longue duréeDans le privé, la demande de services externes a vraiment démarré en 2000, avec la mise en place des 35 heures.
« Les entreprises se sont rendu compte à ce moment-là de l'importance du coût financier et humain de l'absence au travail », dit-on chez Securex où le nombre de demandes de contre-visite médicale des clients a doublé entre 2001 et 2005.
« Certaines entreprises paniquent avec un taux d'absentéisme de 3 %, d'autres sont à 12 %. Certaines administrations ont des taux d'absentéisme colossaux. À La Poste, c'est important mais elle réagit, avec des résultats », reconnaît-on, aussi, dans cette société qui travaille à 85 % pour le privé et 15 % pour le public.
La réforme de l'assurance-maladie, avec son plan de lutte contre les fraudes, a toutefois ralenti la progression des contrôles réalisés à la demande des employeurs, et ce dès 2005. Le contrôle piège de l'assuré à son domicile n'est d'ailleurs plus considéré comme la panacée depuis que Securex s'est aperçu que le taux d'absentéisme tombe naturellement quand l'employé malade est prévenu la veille.
En revanche, il existe une vraie inquiétude face à l'importance des arrêts de travail longue durée. Ils seraient quasiment incompressibles depuis l'allongement des carrières et le recul de l'âge de départ à la retraite.