Le centre hospitalier régional d'Orléans manque d'une dizaine d'urgentistes et recourt à des médecins intérimaires pour compléter ses équipes. Une solution onéreuse, due à la pénurie de praticiens.
http://www.larep.com/ L'été n'est pas synonyme de vacances au service des urgences du centre hospitalier régional d'Orléans (CHRO). Celui-ci reçoit 100 à 140 patients par jour en moyenne, en juillet et en août. Il fonctionne à effectifs constants pendant cette période, mais il est obligé de recourir de manière régulière à des médecins intérimaires depuis plusieurs mois pour compléter ses équipes, faute de disposer d'un nombre suffisant d'urgentistes. Et il demeure en permanence à la merci d'une « crise » susceptible de mettre tout le personnel à rude épreuve : épidémie de grippe A, canicule, etc.
« L'été est toujours une période un peu difficile. Le mois de juillet, surtout, est un mois lourd. Mais il y a une petite accalmie, en général, entre le 1er et le 15 août », indique le Dr Olivier Maître, responsable du service.
Celui-ci fonctionne avec un nombre obligatoire de médecins dans la journée, la nuit et le week-end (lire par ailleurs). Il lui faudrait 20 urgentistes en théorie, pour assurer la rotation des praticiens, mais il n'en a que 10,5, à l'heure actuelle. « On supplée avec des médecins intérimaires par période de vingt-quatre heures en attendant des recrutements », explique Olivier Maître. « La plupart des hôpitaux en France font la même chose dans les services à fortes contraintes : la médecine d'urgence, l'anesthésie-réanimation, la gynécologie-obstétrique, la chirurgie », ajoute André Charlot, directeur administratif du pôle des urgences.
Cette solution est indispensable, mais très onéreuse. « Ça coûte entre 600 et 1.000 € par jour. Ce sont des tarifs nationaux que l'on négocie auprès de sociétés parisiennes », précise André Charlot : « On recrute au moins deux médecins intérimaires par semaine au service des urgences. On a parfois du mal à en trouver. Et on mutualise aussi nos moyens avec les équipes du SAMU (service d'aide médicale urgente) et du SMUR (service mobile d'urgence et de réanimation) : il y a la moitié des médecins qui tournent ; ils font à la fois des gardes sur les urgences, sur le SAMU et sur le SMUR. »
« Ambiance difficile » Des recrutements sont en cours, mais le CHRO ne cache pas qu'il a du mal à attirer des urgentistes à l'heure actuelle : « C'est un problème de fond. Le recrutement est difficile chez nous, comme ailleurs, parce que la médecine d'urgence fait partie des spécialités très contraignantes, avec des horaires de nuit et de week-end, et avec un public de plus en plus désagréable. Il y a de plus en plus d'incivilités, d'insultes, et parfois même de coups. Les gens sont devenus très individualistes. Ils ne veulent pas attendre et ne veulent pas comprendre qu'il y a des cas plus graves que le leur. Cela crée une ambiance de travail difficile », constate le Dr Olivier Maître. « Le système est devenu tellement pervers que certains médecins démissionnent de la fonction publique pour devenir intérimaires, vu les tarifs pratiqués », déplore André Charlot.
Le CHRO a du mal à gérer les afflux massifs de patients aux urgences, dans ce contexte, d'autant qu'il manque de lits de médecine générale. Mais il compte beaucoup sur la construction du nouvel hôpital à Orléans-La Source pour résoudre à terme toutes ces difficultés.
« Il y a des projets intermédiaires qui permettront d'augmenter le nombre de lits d'ici là », souligne le Dr Olivier Maître : « On a l'impression d'être dans un hôpital un peu limité dans ses capacités à répondre aux besoins de la population. Il faut que les projets en cours aboutissent. »
Une équipe paramédicale au complet
Le service des urgences dispose de quarante-six postes d'infirmières dans les services d'urgence et du SMUR. « On a les effectifs nécessaires pour faire fonctionner le service correctement », indique le Dr Olivier Maître : « Les conditions de travail sont difficiles, mais l'équipe paramédicale est jeune et très investie dans le service. » « Le travail est très intéressant. Il y a beaucoup de pathologies différentes », estime Laurent, infirmier depuis six ans au service des urgences, où le personnel est obligé d'effectuer régulièrement des journées supplémentaires pour remplacer les salariés en congé, et cumule des heures supplémentaires qu'il ne récupère qu'en partie. « Aujourd'hui, le vrai problème, aux urgences, c'est un problème médical », ajoute Lucile, infirmière : « On bosse tous les jours avec des intérimaires. Ça peut être très, très bien, comme très difficile. Il y a des personnalités, des caractères, des compétences. Ça ne colle pas toujours. Il faut s'adapter. Mais en même temps, aux urgences, c'est notre boulot de s'adapter. »
Repères
Le temps de travail des médecins Les médecins urgentistes sont censés travailler 48 heures par semaine, en théorie, mais dans la réalité, ils travaillent 60 à 70 heures par semaine.
Ils font régulièrement des services de 24 heures d'affilée. Ceux-ci sont obligatoirement suivis de 24 heures de repos.
Les équipes médicales présentes - En semaine : quatre médecins seniors et deux internes de 8 h 30 à 18 h 30 (sans compter les temps de transmission).
- La nuit (à partir de 18 h 30 en semaine) : trois internes, deux médecins seniors jusqu'à 1 heure du matin et deux médecins seniors 24 heures sur 24.
- Le week-end et les jours fériés : trois internes et trois médecins seniors 24 heures sur 24.
Nombre de lits Le service d'accueil des urgences (SAU) dispose de 15 lits d'hospitalisation de très courte durée et de 14 lits de courte durée d'obédience gériatrique. Un service post-SAU dispose par ailleurs de 12 lits destinés aux personnes âgées.