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Dimanche soir, la ministre de l'Economie avait mis les pieds dans le plat lors de l'émission "Le Grand Rendez-Vous" sur Europe-1. "Bien sûr que nous préparons un plan de rigueur, mais ce plan de rigueur, il est destiné à la fonction publique pour l'essentiel (...) il n'est pas question de plan de rigueur vis-à-vis du consommateur français", a expliqué Mme Lagarde. Le mot "rigueur", synonyme depuis 1983 de tour de vis dans le budget de l'Etat, était lâché.
L'hôte de Bercy a assuré que le gouvernement ne remplacerait pas un fonctionnaire sur deux partant à la retraite en 2009, conformément à l'engagement pris par Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle. Un fonctionnaire sur trois ne sera pas remplacé en 2008, soit 22.700 postes supprimés.
Ces propos ont fait bondir l'Elysée et Matignon. Invité au même moment du "Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI", le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant a recadré la ministre. Au lieu d'un plan de rigueur, "je parlerais plutôt d'un plan de revalorisation", a corrigé le plus proche collaborateur de Nicolas Sarkozy.
Claude Guéant a précisé que le chef de l'Etat préciserait "ses ambitions pour la fonction publique" le 12 septembre prochain devant les élèves d'un institut régional d'administration (IRA). "Depuis des années, on ne répond aux problèmes de la fonction publique que par des satisfactions données aux revendications sur les effectifs, or il y a bien d'autres choses à faire. Il faut aussi récompenser les fonctionnaires sur le plan social, sur le plan de la rémunération", a dit le numéro deux de l'Elysée. "C'est la réforme qui permettra de diminuer le nombre de postes, et non l'inverse."
Lundi, c'était au tour de François Fillon de taper sur les doigts de la ministre de l'Economie. "Il n'y a pas de plan de rigueur, il y a un effort constant pour réduire les dépenses de l'Etat", a démenti le Premier ministre.
M. Fillon a toutefois trouvé des circonstances atténuantes à Mme Lagarde, en mettant ses propos sur le compte de sa fonction de ministre de l'Economie. "Elle a raison de dire qu'il faut de la rigueur dans la gestion", a convenu le Premier ministre.
Il a rappelé que le gouvernement avait lancé une "revue générale des politiques publiques", audit de l'ensemble des dépenses de l'Etat qui doit déboucher au printemps prochain sur un plan pluriannuel d'économies pour tenir l'objectif de ramener la dette sous les 60% du PIB en 2012 et le budget à l'équilibre.
"Le terme plan de rigueur est inapproprié. Il ne rend pas compte de la profonde transformation que nous voulons opérer dans l'administration, qui est le projet de Nicolas Sarkozy et du gouvernement", a lui aussi jugé le secrétaire général délégué de l'UMP Patrick Devedjian.
La gauche n'a pas tardé à s'emparer de cette "cacophonie". "La vérité, c'est Christine Lagarde quand elle annonce un plan de rigueur. Les autres ne font que masquer la réalité", a dénoncé le directeur de cabinet de François Hollande Stéphane Le Foll. "Après avoir été dépensier au printemps, le gouvernement se trouve fort dépourvu quand arrive l'automne", a-t-il ajouté, prédisant que les Français allaient "payer la facture". AP